Je suis en train de lire Juges, et j’arrive sur l’histoire de Jephté. Je me rappelais de lui à propos de sa promesse stupide. J’y reviendrai peut-être. Mais aujourd’hui, ce qui me questionne plus, c’est le tout début du texte. Juges 11.1-2,
(1Jephthé le Galaadite était un vaillant guerrier. Il était le fils d’une prostituée et son père était un certain Galaad.2La femme de Galaad lui donna des fils qui, devenus grands, chassèrent Jephthé et lui dirent : « Tu n’auras pas d’héritage dans la famille de notre père, car tu es le fils d’une autre femme. »)
comme un miroir tendu à nos propres préjugés et une invitation à redéfinir notre conception de l’appel divin.
Rejeté par sa propre famille en raison de la profession de sa mère, Jephté semble tout sauf un candidat idéal pour devenir un chef de guerre. Pourtant, c’est lui que Dieu choisit pour délivrer Israël. Cette apparente incongruité nous oblige à questionner nos critères de jugement. Souvent, nous évaluons les personnes en fonction de leur apparence, de leur origine sociale, de leur succès professionnel… Or, Dieu ne se limite pas à ces critères superficiels. Il voit au-delà des apparences et discerne le potentiel caché dans chaque individu.
Les préjugés, ancrés dans notre société et souvent transmis de génération en génération, nous empêchent de voir les autres tels qu’ils sont réellement. Ils nous poussent à catégoriser, à étiqueter, et à exclure ceux qui ne correspondent pas à nos normes. Dans le domaine religieux, ces préjugés peuvent prendre la forme d’un sectarisme étroit, qui exclut ceux qui ne partagent pas nos convictions ou nos pratiques.
Telle personne qui s’habille d’une façon différente, que nous jugeons indécente, par exemple. Telle profession, ou absence de profession… Si ces personnes entraient dans nos églises, comment les recevrions-nous ?

Or, la Bible est pleine d’exemples qui démontrent que Dieu appelle souvent des personnes marginalisées, des pécheurs, des étrangers. Moïse, bégayant et maladroit, David, un jeune berger, ou encore Rahab, une prostituée, sont tous des exemples de personnes que Dieu a choisies pour accomplir de grandes œuvres.
L’histoire de Jephté nous invite à adopter une attitude plus inclusive envers nos semblables. Cela signifie accepter les différences, reconnaître la valeur de chacun, et offrir à tous un espace où ils peuvent se sentir accueillis et valorisés. Une Église qui se veut fidèle à l’Évangile ne peut se permettre d’exclure qui que ce soit. Elle doit être un lieu où les personnes blessées trouvent guérison, où les marginalisés se sentent inclus, et où tous peuvent grandir dans leur foi.
Bien sûr, mettre en œuvre une telle vision n’est pas toujours facile. Les préjugés sont tenaces et les résistances peuvent être fortes. Il est important de reconnaître que l’inclusion est un processus qui demande du temps, de la patience et de l’engagement. Cela implique de sortir de notre zone de confort, de remettre en question nos propres croyances et de développer de nouvelles compétences relationnelles.
Cela veut dire aussi faire confiance en l’œuvre du Saint Esprit. Si le comportement, l’habillement voire la sexualité d’une personne qui entre dans notre église n’est pas conforme à ce qu’on imagine que doit être « un bon chrétien », accueillons cette personne simplement. Si Dieu souhaite que quelque chose en cette personne change, alors le Saint Esprit fera son œuvre en elle et convaincra lui-même la personne. Ce n’est pas notre job. Nous, nous devons juste l’accueillir et lui témoigner de l’amour, de l’acceptation.
L’histoire de Jephté nous invite à une véritable conversion. Il s’agit de passer d’une vision étroite et exclusive de la foi à une vision ouverte et inclusive. Cela signifie reconnaître que Dieu agit de manière mystérieuse et que ses voies ne sont pas les nôtres. Cela signifie aussi accepter que la diversité est une richesse et que nous avons tous quelque chose à apprendre les uns des autres.
En conclusion, l’histoire de Jephté nous rappelle que Dieu ne se laisse pas enfermer dans nos catégories et nos schémas. Il nous invite à élargir notre horizon et à accueillir tous ceux que la société rejette. En suivant l’exemple de Jésus, qui s’est mêlé aux pécheurs et aux marginaux, nous pouvons contribuer à bâtir une Église plus juste, plus inclusive et plus rayonnante.
